juin 13th, 2007 par LAX

L’écrasante majorité des technologies d’aujourd’hui sont la résultante d’inventions qui datent des années 40. Deux premières inventions majeures ont ainsi permis d’amplifier le développement du monde télévisuel, radio et informatique d’aujourd’hui : en 1945, l’invention par John von Neumann du calculateur à programme enregistré et, en 1948, l’invention du transistor par trois chercheurs des Bell Laboratories. On doit ajouter à cela le laser qui en 1958 nous permettra de transporter les informations à l’aide des photons à travers la fibre optique. Le reste ne sera majoritairement qu’application. À titre d’illustration, la téléphonie mobile qui connu un essor fantastique en 1996, est née dans les années 1950, la télévision par satellite en 1960, l’Internet date de 1969, et en 1972 Nolan Bushnell présentera le jeu vidéo de “Pong”…Depuis lors, les chercheurs n’ont cessé de chercher à comprendre quelles pouvaient être les applications de ces inventions.

 

Avec la convergence des technologies de l’informatique et des télécoms début 1980, les autoroutes de l’information ont initié leur essor avec une vocation : toucher le grand public. Et ce marché, celui des NTIC, n’a cessé d’être un marché d’offre, i.e. un espace où les industriels proposent des technologies en espérant une validation des usages par les utilisateurs finaux. Le problème est que par définition ces marchés sont instables donc périlleux (l’offre ne rencontre pas la demande) et problème français s’il en est, l’approche « tout outils » dégagée des problématiques de société a été dramatique en conséquences : fracture numérique d’un coté, usages orphelins de l’autre.

 

A ce jour les NTIC sont toujours dans une « blackbox », elles sont présentes mais on ne saisit pas vraiment à quoi elles servent. Et le fait de tester in-vivo sans considérer le consommateur, risque de nous faire sombrer dans un fantasme technologique, sans pédagogie, pensant à tort que les techniques façonnent les usages. Le plus déroutant est bien évidemment l’obstination avec laquelle certains tentent de forcer ces usages. Comme l’instabilité de ces marchés induit des espérances de gains incertaines voire pire, des bulles, le marketing intervient en renfort pour valider les choix technologiques : les NTIC sont promues à grand renfort d’investissement publicitaire et tentent de s’imposer non pas en réponse à un besoin mais par une logique d’intérêt économique.

 

Or il faut justement ôter le caractère technologique des NTIC, que ce soit pour l’Internet ou le mobile et adopter une approche en terme d’usage. L’échec commercial du podcast est à ce sujet édifiant. La réalité de consommation du podcast est en totale inadéquation avec sa surmédiatisation. Seulement 2,4% de la population européenne écoutera ou visionnera un podcast par semaine en 2010. 50% des français ne savent pas ce que ce mot veut dire. Contrairement aux objectifs des opérateurs, il n’est pas question ici de produit grand public, c’est un produit destiné à une cible niche, plutôt masculine, CSP+, jeune, et majoritairement utilisatrice de mac. Pire, les professionnels semblent s’être focalisés sur les devices mobile et pas suffisamment sur les desktop. Peut-on ainsi encore parler de podcast, la lecture se faisant majoritairement via un ordinateur (68,4% Emarketer juin 06).
Nous sommes bien face à un échec de compréhension des usages. Et au sens plus général, les NTIC se heurtent à un phénomène récurent, le grand public utilise un produit pour ce qu’il est à l’origine, excluant les couteaux suisses gadgets compliqués, privilégiant les consommations verticales ultra simples, c.f. le succès du Blackberry. Le podcast reste d’un usage compliqué, à l’image des flux RSS ! Pour que demain les media soient consommés en décalé par le biais d’un podcast, l’enveloppe technologique qui proposera ce service devra créer du sens et jouir d’une grande simplicité. Itunes est certes un formidable lecteur multi media, les individus l’utilisent principalement pour écouter de la musique.

 

Le podcast est l’une de ces technologies sorties trop tôt de la blackbox. Trop tôt car réfléchie uniquement comme un gadget d’ingénieur ou un device censé remplacer la radio. Concernant l’aspect strictement publicitaire, là encore on a voulu mettre la charrue avant les bœufs, cette technologie à l’évidence n’est pas installée. Alors de façon très prosaïque : “fourguer” de la publicité avant même que les individus criblés ne comprennent l’utilité de l’offre, “c’est gonflé”. Il est impératif d’éviter d’avoir une lecture trop économique et rentable lorsque l’on traite de nouvelles technologie. Rappelons nous : « le plus important n’est pas le nombre de tickets vendus, mais bien le nombre de personnes qui sortent de la salle avant la fin du film ». La technologie doit prioritairement servir les usages consommateur et non pas satisfaire au P&L des sociétés.

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